Conférence
de Jacques Portes, professeur d’histoire américaine à Paris –VIII
LA GUERRE DU VIETNAM
Au second semestre 1965 l’administration américaine Johnson
jusqu’en novembre 1968 puis Nixon adopte la stratégie du ‘‘body count’’
combiné avec le ‘‘ search and destroy’’, qui consiste à liquider la guérilla dans
un délai de 3 ans, en exterminant un Viêt-Cong insaisissable par l’utilisation
massive d’hélicoptères. Elle veut que le Vietnam du Sud soit une vitrine
occidentale par opposition au Vietnam du Nord gouverné par les communistes. L’offensive
du Têt (janvier/février 1968) constitue un tournant majeur dans la seconde
guerre du Vietnam – la première guerre du Vietnam a eu lieu de 1946 à 1954.
Alors que 540.000 soldats américains occupent le Viêtnam du Sud pendant
quelques jours le Viêt-Cong arrive à occuper des grandes villes du Sud. Il
s’attaque même à l’ambassade américaine de Saigon. Le soulèvement populaire que
les communistes attendaient ne se produisant pas, l’offensive échoue.
Les pertes américaines augmentent sans que les buts de guerre ne soient compris par les troupes. Par exemple des soldats frustrés et mal encadrés commettent comme à Mỹ Lai des crimes de guerre. Le rapport du général William R. Speers établit que le 16 mars 1968, 175 à 200 hommes, femmes et enfants, dont 3 ou 4 Viêt-Cong ont été massacrés. L’armée américaine commence à douter de la victoire dès le milieu de l’année 1967. Le président Johnson interroge alors un journaliste célèbre de CBS pour connaître son opinion sur l’échec possible de la guerre. A l’automne 1969, 58 % des Américains considèrent comme une erreur l’intervention des Etats Unis au Vietnam, 36% pensent qu’il faut retirer les troupes plus rapidement et 29 % à un rythme plus rapide. ‘‘Le Mouvement pour la paix’’ et l’Etablishment se prononcent en faveur d’un désengagement accéléré.
Le 3 mars 1968, Johnson annonce que de nouvelles troupes ne seront pas envoyées au Vietnam. Le 13 mai 1968, une négociation s’ouvre à Paris avec les communistes. Cependant elle porte pendant longtemps sur la forme de la table de la réunion : les Vietnamiens du Sud exigent une table rectangulaire symbole de deux parties tandis que le Nord et ses alliés du Sud se battent pour une table circulaire où tous les participants ont un poids égal.
Au même moment l’Amérique est profondément marquée par l’assassinat de deux grandes figures politiques. Martin Luther King est tué le 4 avril 1968. Robert Kennedy qui se présentait à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle est assassiné par un Palestinien le 6 juin 1968. Il portait espérances de la nation.
Avant les élections présidentielles de novembre 1968 Nixon sabote les négociations de paix en encourageant les Vietnamiens du Sud à se retirer de cette conférence. Il gagne les élections d’une courte victoire.
En janvier 1969, Nixon n’a pas de vision claire du conflit vietnamien. Son conseiller, Henri Kissinger qui n’est pas dogmatique pense qu’il faut retirer les troupes américaines pour pouvoir négocier. 30.000 soldats sont déjà morts. La guerre dure encore 4 ans et les pertes américaines vont s’élever à 58.000 morts. Le gouvernement américain ne cherche plus la victoire mais il ne veut pas perdre la face. Le Vietnam du Sud doit rester dans le camp occidental. Le conflit reste circonscrit entre les Etats Unis et le Vietnam, le rôle de la Chine et de l’U.R.S.S. n’est pas essentiel. En 1972 Nixon et Kissinger reconnaissent la Chine puis ont des entretiens avec Brejnev. Ils veulent que Mao et Brejnev les aident à conclure la guerre. Le conflit se stabilise à un niveau minimal. En 1970 les UEtats Unis interviennent sans succès au Cambodge afin de s’emporter de l’état-major Viêt-Cong. En avril 1970 un étudiant meurt lors d’une manifestation. Le moral de l’armée est détestable : de 1968 à 1972 la consommation de drogue dans les bases de Thaïlande où le contingent se repose est importante.
Les négociations de paix menées par Henry Kissinger sont laborieuses. Ce sont les plus longues de l’histoire. Elles sont secrètes et les négociateurs se réunissent dans une villa parisienne du P.C.F. (les négociations officielles se tiennent à Paris, au centre de conférences Kleber). Les participants ont intérêt à ce qu’elles durent. Car Nixon est persuadé de pouvoir détruire militairement le régime du Vietnam du Sud et sa participation à la conférence de la paix reste une posture. Il n’attend des négociations que la survie du gouvernement sud-vietnamien. En mars 1972 les communistes tentent de renverser le gouvernement du Vietnam du Sud. Leurs troupes bien équipées en chars interviennent dans la région des hauts plateaux et dans les régions frontalières ; les Américains réagissent par la reprise des bombardements intensifs du Nord. Le Vietnam comprend qu’il lui faut négocier le temps de reconstituer ses forces. Les Etats Unis. notent le rôle majeur de l’aviation. A partir de septembre 1972 les discussions deviennent réellement sérieuses. Les Etats Unis souhaitent le retrait concomitant des troupes américaines et de celles du Vietnam du Nord. Le Nord doit admettre que le président du Vietnam du Sud, Thieu, ne peut être lâché par les Américains. La négociation est compliquée par une carte du Vietnam en peau de léopard. Le 8 octobre un accord est signé entre les Etats Unis et le Vietnam du Nord. Thieu ne veut pas le parapher. Le 12 décembre les négociations reprennent et des B52 Américains bombardent Hanoï et Haiphong. Les pertes humaines ne sont pas importantes mais l’approvisionnement du Nord est touché. Un accord est trouvé le 10 janvier 1973 et est signé le 16 janvier. 1300 pilotes Américains sont libérés. Le prix Nobel de la paix est attribué à Henry Kissinger et Lê Duc Tho (qui le refuse). Ces accords doivent durer. Cependant l’objectif du Nord est la réunification. En avril 1975 le Vietnam du Nord envahit le Sud.
En août 1974 Nixon a du démissionner à la suite du Watergate. Cette guerre a eu un coût élevé, en termes de prestige, en pertes humaines et d’un point de vue politique. La guerre a divisé la nation américaine. L’opposition de l’extrême gauche et des noirs radicalise l’opinion américaine. En 1982 lors de l’inauguration d’un monument aux victimes de la guerre du Vietnam, certains demandent un monument plus viril ; l’affaire du Watergate comme nous allons le voir est une conséquence de ces évènements.
LE SCANDALE DU WATERGATE
Les pertes américaines augmentent sans que les buts de guerre ne soient compris par les troupes. Par exemple des soldats frustrés et mal encadrés commettent comme à Mỹ Lai des crimes de guerre. Le rapport du général William R. Speers établit que le 16 mars 1968, 175 à 200 hommes, femmes et enfants, dont 3 ou 4 Viêt-Cong ont été massacrés. L’armée américaine commence à douter de la victoire dès le milieu de l’année 1967. Le président Johnson interroge alors un journaliste célèbre de CBS pour connaître son opinion sur l’échec possible de la guerre. A l’automne 1969, 58 % des Américains considèrent comme une erreur l’intervention des Etats Unis au Vietnam, 36% pensent qu’il faut retirer les troupes plus rapidement et 29 % à un rythme plus rapide. ‘‘Le Mouvement pour la paix’’ et l’Etablishment se prononcent en faveur d’un désengagement accéléré.
Le 3 mars 1968, Johnson annonce que de nouvelles troupes ne seront pas envoyées au Vietnam. Le 13 mai 1968, une négociation s’ouvre à Paris avec les communistes. Cependant elle porte pendant longtemps sur la forme de la table de la réunion : les Vietnamiens du Sud exigent une table rectangulaire symbole de deux parties tandis que le Nord et ses alliés du Sud se battent pour une table circulaire où tous les participants ont un poids égal.
Au même moment l’Amérique est profondément marquée par l’assassinat de deux grandes figures politiques. Martin Luther King est tué le 4 avril 1968. Robert Kennedy qui se présentait à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle est assassiné par un Palestinien le 6 juin 1968. Il portait espérances de la nation.
Avant les élections présidentielles de novembre 1968 Nixon sabote les négociations de paix en encourageant les Vietnamiens du Sud à se retirer de cette conférence. Il gagne les élections d’une courte victoire.
En janvier 1969, Nixon n’a pas de vision claire du conflit vietnamien. Son conseiller, Henri Kissinger qui n’est pas dogmatique pense qu’il faut retirer les troupes américaines pour pouvoir négocier. 30.000 soldats sont déjà morts. La guerre dure encore 4 ans et les pertes américaines vont s’élever à 58.000 morts. Le gouvernement américain ne cherche plus la victoire mais il ne veut pas perdre la face. Le Vietnam du Sud doit rester dans le camp occidental. Le conflit reste circonscrit entre les Etats Unis et le Vietnam, le rôle de la Chine et de l’U.R.S.S. n’est pas essentiel. En 1972 Nixon et Kissinger reconnaissent la Chine puis ont des entretiens avec Brejnev. Ils veulent que Mao et Brejnev les aident à conclure la guerre. Le conflit se stabilise à un niveau minimal. En 1970 les UEtats Unis interviennent sans succès au Cambodge afin de s’emporter de l’état-major Viêt-Cong. En avril 1970 un étudiant meurt lors d’une manifestation. Le moral de l’armée est détestable : de 1968 à 1972 la consommation de drogue dans les bases de Thaïlande où le contingent se repose est importante.
Les négociations de paix menées par Henry Kissinger sont laborieuses. Ce sont les plus longues de l’histoire. Elles sont secrètes et les négociateurs se réunissent dans une villa parisienne du P.C.F. (les négociations officielles se tiennent à Paris, au centre de conférences Kleber). Les participants ont intérêt à ce qu’elles durent. Car Nixon est persuadé de pouvoir détruire militairement le régime du Vietnam du Sud et sa participation à la conférence de la paix reste une posture. Il n’attend des négociations que la survie du gouvernement sud-vietnamien. En mars 1972 les communistes tentent de renverser le gouvernement du Vietnam du Sud. Leurs troupes bien équipées en chars interviennent dans la région des hauts plateaux et dans les régions frontalières ; les Américains réagissent par la reprise des bombardements intensifs du Nord. Le Vietnam comprend qu’il lui faut négocier le temps de reconstituer ses forces. Les Etats Unis. notent le rôle majeur de l’aviation. A partir de septembre 1972 les discussions deviennent réellement sérieuses. Les Etats Unis souhaitent le retrait concomitant des troupes américaines et de celles du Vietnam du Nord. Le Nord doit admettre que le président du Vietnam du Sud, Thieu, ne peut être lâché par les Américains. La négociation est compliquée par une carte du Vietnam en peau de léopard. Le 8 octobre un accord est signé entre les Etats Unis et le Vietnam du Nord. Thieu ne veut pas le parapher. Le 12 décembre les négociations reprennent et des B52 Américains bombardent Hanoï et Haiphong. Les pertes humaines ne sont pas importantes mais l’approvisionnement du Nord est touché. Un accord est trouvé le 10 janvier 1973 et est signé le 16 janvier. 1300 pilotes Américains sont libérés. Le prix Nobel de la paix est attribué à Henry Kissinger et Lê Duc Tho (qui le refuse). Ces accords doivent durer. Cependant l’objectif du Nord est la réunification. En avril 1975 le Vietnam du Nord envahit le Sud.
En août 1974 Nixon a du démissionner à la suite du Watergate. Cette guerre a eu un coût élevé, en termes de prestige, en pertes humaines et d’un point de vue politique. La guerre a divisé la nation américaine. L’opposition de l’extrême gauche et des noirs radicalise l’opinion américaine. En 1982 lors de l’inauguration d’un monument aux victimes de la guerre du Vietnam, certains demandent un monument plus viril ; l’affaire du Watergate comme nous allons le voir est une conséquence de ces évènements.
LE SCANDALE DU WATERGATE
Nixon est prisonnier de la Maison Blanche sans contact avec la population. Les ‘‘Pentagon Papers’’ (rapport commandé au départ par Johnson sur la politique américaine au Vietnam) sont publiés par le New-York Times. Nixon considère que son autorité est atteinte, il ne fait pas confiance au F.B.I. et à la justice. Le président demande à des ‘‘plombiers’’ de la Maison Blanche de cambrioler le domicile d’Ellsberg (une des personnes qui ont fourni au New York Times les Pentagon Papers). La Cour suprême donne raison au New York Times et l’autorise à continuer à publier les documents. Le 17 juin 1972 les plombiers sont surpris et arrêtés alors qu’ils tentent de mettre sur écoute le quartier général des démocrates pour la campagne présidentielle (Watergate). A l’automne le tribunal de Washington s’intéresse aux accusés. En octobre une double enquête est menée par la justice et les journalistes du Washington Post Bob Woodward et Carl Bernstein. Nixon écrase son concurrent, Mac Govern et est réélu triomphalement. Mais en 1973 ‘’Gorge profonde’’ fournit des informations essentielles aux deux journalistes du Washington Post. L’enquête prend de l’ampleur. On sait aujourd’hui que ‘‘Gorge profonde’’ est le numéro deux du F.B.I. qui espérait prendre la succession d’Hoover à sa mort. Au début de 1974 les conseillers proches de Nixon mis en cause sont licenciés. Nixon enregistre toutes les conversations qu’il tient à la Maison Blanche. Le 25 juin 1972 le procureur Archibald Cox lui demande de fournir celles-ci. Les bandes correspondant à la date du 25 juin sont effacées. La Cour suprême force le président à livrer les bandes à la justice. L’Impeachment est en préparation ce qui le pousse à démissionner le 4 août 1974. Le président s’est piégé lui-même et d’une façon générale les politiques sont dévalorisés. Alors que les journalistes gagnent du prestige comme on peut le constater dans le film de Pakula : Les hommes du président. Les Américains sont ébranlés par les évènements économiques, la crise pétrolière de 1973.
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